Le mois de Mouharam et le jeûne de ‘Achoura

« Le nombre de mois, auprès de Dieu, est de douze (mois), dans la prescription de Dieu, le jour où Il créa les cieux et la terre. Quatre d’entre eux sont sacrés : telle est la religion droite. Ne soyez pas injustes envers vous-mêmes pendant ces (mois) »
[Sourate At-Tawbah, 9:36].

Par la grâce de Dieu, nous voici entrés dans l’un des mois les plus sacrés du calendrier islamique : le mois de Mouharam, premier mois du calendrier hégirien. C’est un mois béni, un mois de renouveau spirituel, un mois que notre Seigneur a Lui-même sanctifié dans le Coran.

C’est en ce mois de Mouharam que débute l’année islamique, une année qui s’ouvre sur le souvenir d’un des événements les plus marquants de l’histoire de l’islam : la Hijra du Prophète ﷺ et de ses compagnons. Ce choix n’est pas un hasard. Il est porteur de sens.

Car l’Hégire n’est pas simplement un voyage d’un lieu à un autre. C’est une traversée intérieure. Une rupture avec l’oppression, le péché et l’insouciance, pour marcher vers la lumière, la foi, et la proximité avec Dieu.

Dieu, dans Sa sagesse infinie, a sanctifié certains temps. Non pour que nous les observions de manière formelle seulement, mais pour qu’ils deviennent des rappels vivants, des tremplins spirituels, des portes vers un retour sincère vers Lui.
« C’est ainsi que Dieu expose clairement Ses versets aux gens afin qu’ils deviennent pieux. »
[Sourate Al-Baqara, 2:187].

Dans ces mois sacrés, Dieu nous recommande la paix, la réconciliation, l’introspection. Il nous interdit l’injustice envers les autres, mais aussi envers nos propres âmes. Car l’injustice envers soi même, c’est de délaisser Celui qui nous a créés, c’est de préférer ce bas monde à la vie dernière, c’est de faire taire la lumière de la foi pour suivre les passions.

Quels sont ces quatre mois sacrés :
D’après Abou Bakr (que Dieu l’agrée), le Prophète (que la prière de Dieu et Son salut soient sur lui) a dit: « Certes le temps est revenu comme le jour où Allah a créé les cieux et la terre. L’année est composée de douze mois dont quatre sont sacrés, trois sont à la suite: Dhoul Qa’da, Dhoul Hijja et Mouharam et Rajab Moudar qui est entre Joumada et Cha’ban ». (Rapporté par l’imam Boukhari)

Le mois de Mouharam est le meilleur mois pour jeûner après le mois de ramadan :
D’après Abou Hourayra (que Dieu l’agrée), le Prophète ( que la prière de Dieu et Son salut soient sur lui) a dit : « Le meilleur jeûne après le ramadan est le mois de Dieu – Al Mouharam ». (Rapporté par Mouslim)

Deux grands événements de l’Histoire

La Hijra : un sacrifice, une foi inébranlable
La Hijra cette émigration du Prophète ﷺ et de ses compagnons de la Mecque vers Médine n’était pas un simple exil, mais un tournant majeur dans l’histoire de l’islam. Un départ chargé de douleur, de courage, de renoncement… mais surtout d’un amour profond pour Dieu.
Ils ont tout quitté : leurs foyers, leurs proches, leurs biens, leurs habitudes. Pourquoi ? Pour préserver leur foi. Pour protéger la lumière naissante de l’islam. Pour répondre à un ordre divin.
Ils ont affronté les dangers du désert, la solitude, la menace des Quraysh… mais leurs cœurs sont restés fermes, ancrés dans une confiance inébranlable en leur Seigneur.
Lorsque le Prophète ﷺ dut quitter la Mecque, il se retourna vers sa ville bien-aimée et dit : « Par Dieu ! Tu es la terre de Dieu que je préfère. Si ses habitants ne m’en avaient pas expulsé, je ne t’aurais jamais quittée. » (Rapporté par At-Tirmidhî)

Ce sacrifice est un modèle intemporel. La Hijra n’est pas uniquement un déplacement géographique. C’est un appel à la migration intérieure, une rupture avec ce qui éloigne de Dieu, une élévation vers ce qui rapproche de Lui.

Aujourd’hui, nous sommes nombreux… mais souvent faibles dans notre lien avec notre Créateur. Eux étaient peu… mais leurs cœurs étaient pleins de foi. Détachés de ce bas monde, ancrés dans l’amour de Dieu et dans la certitude de Sa promesse.

Dieu a dit à leur sujet :
« Aux émigrés besogneux qui ont été expulsés de leurs demeures et de leurs biens, tandis qu’ils recherchaient une grâce et un agrément de Dieu, et qu’ils portaient secours à (la cause de) Dieu et à Son Messager. Ceux-là sont les véridiques. » [Sourate Al-Hashr, verset 8]

C’est pourquoi chaque début d’année islamique, nous devons nous poser cette question : quelle Hijra vais-je accomplir cette année ? Vais-je quitter mes péchés, mes négligences, mes attachements à ce qui me freine spirituellement ? Vais-je migrer vers la sincérité et la véracité, vers l’adoration, vers la lumière ?

Le miracle du Prophète Moussa (paix sur lui) et le secours de Dieu :
Parmi les signes les plus puissants de la Toute-Puissance de Dieu qui s’est déroulé durant ce mois sacré de Mouharam, il y a le miracle accordé au prophète Moussa (paix sur lui) le jour où il fut sauvé, avec son peuple, des griffes du tyran Pharaon.
Acculés face à la mer, avec l’armée ennemie derrière eux, les Banou Israïl étaient certains d’être perdus. Mais Moussa, dans une confiance totale en son Seigneur, dit avec assurance :
« Il dit : « Jamais ! Car j’ai avec moi mon Seigneur, Il me guidera. »
[Sourate Ash-Shu‘arâ’, 26:62]

Et c’est là que Dieu, dans Sa puissance infinie, ordonna à la mer de se fendre, créant un chemin sec pour Son Prophète et les croyants. Ce fut un miracle éclatant, une délivrance surnaturelle, une preuve que rien n’est impossible pour Celui qui dit “Sois”, et la chose est.
« Puis Nous révélâmes à Moïse : “Frappe la mer avec ton bâton.” Elle se fendit, et chaque partie fut comme une énorme montagne. »
[Sourate Ash-Shu‘arâ’, 26:63]

Ce récit n’est pas simplement historique. Il est un appel vivant à placer notre confiance en Dieu, même quand tout semble perdu. C’est dans ces instants où les issues humaines disparaissent que le secours divin se manifeste le plus clairement.
Comme Moussa, nous devons reconnaître notre faiblesse, notre incapacité sans l’aide de notre Seigneur. Il n’y a de véritable force que par Lui. Il suffit d’une parole, d’un souffle, pour que tout change.
« …Et quiconque place sa confiance en Allah, Il lui suffit. »
[Sourate At-Talaq, 65:3]

Prenons exemple sur Moussa, ce serviteur véridique, et faisons de chaque difficulté une opportunité de retour sincère vers Dieu, en reconnaissant notre pauvreté face à Sa richesse, notre besoin face à Son autosuffisance, notre faiblesse face à Sa toute-puissance.

‘Achoura : un jour de miséricorde et d’expiation

Parmi les jours bénis du mois de Mouharam, le 10e jour, appelé ‘Achoura, occupe une place particulière dans notre tradition. C’est un jour que le Prophète Muhammad (que la prière de Dieu et Son salut soient sur lui) a honoré, non seulement pour son histoire, mais pour le message spirituel
qu’il porte encore aujourd’hui.

D’après ‘Abdallah Ibn ‘Abbas (que Dieu les agrée lui et son père) : Lorsque le Prophète (que la prière de Dieu et Son salut soient sur lui) est arrivé à Médine, il a trouvé les juifs qui jeûnaient le jour de ‘Achoura et il leur a dit : « Quel est ce jour que vous jeûnez ? ». Ils ont dit : «Ce jour est un
grand jour ! C’est dans ce jour que Dieu a sauvé Moussa (paix sur lui) et son peuple et qu’Il a noyé Pharaon et son peuple. Ainsi Moussa (paix sur lui) l’a jeûné en remerciement et donc nous le jeûnons». Le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) a dit : « Nous sommes plus en
droit de Moussa (paix sur lui) que vous ». Et alors il a jeûné ce jour et a ordonné de le jeûner.
(Rapporté par Boukhari et Mouslim)

Ce geste du Prophète (que la prière de Dieu et Son salut soient sur lui) nous montre sa connexion profonde avec les prophètes qui l’ont précédé, et surtout, son souci de gratitude envers les bienfaits de Dieu. Il a rattaché sa communauté à une tradition spirituelle de remerciement et de souvenir, en
reconnaissant les victoires accordées par Dieu à Ses serviteurs.

Le jeûne d’Achoura est donc un acte volontaire, un acte d’amour, de reconnaissance, et une opportunité d’effacement des péchés. Le Prophète (que la prière de Dieu et Son salut soient sur lui) a dit : « Le jeûne du jour de ‘Achoura expie les péchés de l’année précédente. » (Rapporté par Mouslim)

Ce jour est donc une opportunité immense pour chaque croyant. Un moment pour faire le point sur son année écoulée, revenir sincèrement vers Dieu, et bénéficier de Sa Miséricorde infinie.
Mais ce jeûne n’est pas une obligation. Lorsque le jeûne de Ramadan fut rendu obligatoire, ‘Achoura devint un jeûne surérogatoire.
Aïcha (que Dieu soit satisfait d’elle), a dit : « Les Quraysh observaient le jeûne lors du jour de « Achoura », avant l’avènement de l’Islam. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) jeûnait également ce jour-là. Après son émigration à Médine, il continua de jeûner à cette date et enjoignit aux musulmans d’en faire de même. Toutefois, lorsque le jeûne du mois de Ramadhan fut institué comme obligation, il déclara que le jeûne de « Achoura » était désormais facultatif : celui qui souhaite jeûner peut le faire, et celui qui ne souhaite pas, ne le fait pas ». (Rapporté par Al-Boukhari et Mouslim)

Par cette liberté, Dieu nous montre encore une fois que Sa porte est toujours ouverte à ceux qui viennent à Lui volontairement, avec amour et véracité. Il ne nous contraint pas, mais Il nous invite. Et quelle plus belle invitation que celle de purifier une année entière de péchés ?
‘Achoura est donc bien plus qu’un simple jour : c’est un symbole de libération, de gratitude et de retour vers Dieu. Il nous enseigne que, même dans les situations les plus sombres, le secours divin peut venir, si nous avons la foi et la patience.

Recommandations durant ce mois béni :
Le mois de Mouharam est l’un des mois sacrés que Dieu a Lui-même distingués. Il mérite donc que nous lui accordions une attention particulière dans nos cœurs, nos habitudes et notre relation avec notre Seigneur.

Voici quelques recommandations à mettre en pratique pour tirer profit de ses bénédictions :

• Se repentir sincèrement et délaisser les péchés :
C’est un mois où Dieu nous appelle à revenir à Lui. Un moment propice pour faire le point sur notre état intérieur, demander pardon avec sincérité et véracité, et prendre la décision de nous éloigner des fautes, petites ou grandes.

• Jeûner le jour de ‘Achoura (le 10 Mouharam) :
Le Prophète (que la prière de Dieu et Son salut soient sur lui) a fortement recommandé le jeûne de ce jour, en nous apprenant qu’il expie les péchés de l’année écoulée. Il est également recommandé de jeûner le 9e ou le 11e jour en plus, afin de se distinguer des autres traditions religieuses.

• Invoquer Allah abondamment (dou’a) :
Ce mois est une occasion de faire monter vers le ciel nos demandes, nos peines, nos besoins, et notre gratitude. Dieu aime qu’on L’invoque, et Il aime répondre à ceux qui L’appellent.

• Multiplier le dhikr (rappels de Dieu) :
Le cœur ne trouve sa paix qu’en se souvenant de son Seigneur. Dire des formules simples comme SubḥânAllah, Alḥamdulillâh, Lâ ilâha illa Allah, Allahu Akbar, remplit les balances de bonnes actions.

• Lire davantage le Coran :
Le Livre de Dieu est lumière, guidance et guérison pour les cœurs. Offrons-lui plus de place dans nos journées, même si ce n’est qu’un petit moment chaque jour.

• Multiplier les prières surérogatoires :
Le mois sacré est une opportunité pour raffermir notre lien avec la prière. Les prières surérogatoires comme les sunnan, le qiyam (prière de nuit), ou la prière de duha peuvent être des moyens puissants de se rapprocher de Dieu.

Que ce mois de Mouharam soit pour nous un nouveau départ. Une Hijra intérieure. Une sortie de nos négligences vers plus de lumière, de proximité et de véracité avec notre Seigneur. Ainsi qu’une délivrance pour nos âmes et nos cœurs.

Nos articles récents

A la recherche de l’amour et du lien avec le Prophète Mohammed ﷺ

2 Oct 2024

Qui est cet homme, Mohammed, ce dernier Messager qui a été envoyé pour toute l'humanité, et pourquoi dois-je tant l'aimer et me lier à lui ?

Retour sur la journée de formation « L’art de présenter l’islam » du 10 novembre 2024

17 Nov 2024

Ce qu’on en retient est que tout musulman a la responsabilité de transmettre l’islam, chacun selon ses capacités, sans attendre d’être un spécialiste.

L’Appel à l’Islam

2 Avr 2025

Changeons nous, et Dieu changera le monde à travers nous.